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Voyages en Transition

La montagne ça vous gagne ! Gardons ce bel adage en tête pour suivre le récit de deux randonneuses engagées sur des chemins de la transition.

L’équipée :
Claire, avec une carte d’orientation, la géoarchitecture, et un questionnement tenace sur l’origine et le moteur de la vie.
Fred, avec des connaissances en informatique dans son sac à dos, et une farouche volonté de ne pas parcourir ce chemin toute seule

Le départ :
Claire se met en route en 2015 (l’année de la COP21 en France) en créant l’écri(toi)re05 pour mettre des mots sur les maux du climat qui semble devenir fou.
Fred quitte son emploi d’informaticienne en 2014 pour mettre sa vie en accord avec de nouvelles aspirations qu’elles voient être mises en oeuvre dans différents mouvements (Colibris, villes en transition, créatifs culturels ...)

Début d’un cheminement à 2 : L’empowerment ou le pouvoir d’agir
Elles créent ensemble un collectif et participent au lancement de la monnaie locale dans le Grand Briançonnais en invitant notamment le plus grand expert francophone des monnaies locales à Briançon (on peut le faire !).

Des chemins qui se séparent : La différenciation

Claire : Je quitte le projet de la monnaie locale, car la décision de rejoindre la Roue, une monnaie déjà en circulation au niveau régional, perd du sens pour créer un réseau de relations locales. Je préfère suivre le sentier du Pic de la sensibilisation avec l’animation de la librairie des écrins dans la place forte de Mont-Dauphin (et itinérante sur les marchés, foires et salons) avec la devise "ensemencer demain" et l’animation de programmes d’écriture avec l’association l’écri(toi)re05. lecritoire05.org. Des petites graines de transition se plantent et des liens se tissent....

Fred : C’est la voie du "faire ensemble" qui a du sens pour moi. Je choisis de m’orienter vers le sentier du Pic du même nom. Je découvre le monde de l’animation et de la facilitation de groupes, des réunions participatives (avec Tristan Rechid de Saillans, les nuits debout etc ...). Je suis des formations pour pouvoir contribuer à construire une culture collective du faire ensemble : animacoop, le MOOC gouvernance partagée de Colibris/Université du Nous ... Plusieurs groupes seront créés, il y aura beaucoup de rencontres et d’idées, dont certaines se concrétiseront, comme le Chapoul Café avec notamment une super expérience d’un chantier participatif.

La redescente : le bilan
Claire : Je perds de vue le Pic de la sensibilisation. Trop de brouillard administratif et financier et un épuisement physique à emprunter tantôt le circuit économique de la librairie en évitant les gouffres du e.commerce, tantôt le labyrinthe des demandes de subventions du circuit associatif. Et d’ailleurs le statut loi 1901 est-il encore adapté pour répondre au besoin de tisser la culture collective du faire ensemble ? Et d’ailleurs je ne suis pas dans le faire ensemble.

Fred : Le chemin du faire ensemble est plein d’embûches. On perd beaucoup de gens de vue mais on ne sait pas exactement où ... mauvais virage, mauvaise météo ? On se demande, si on n’aurait pas dû les attendre, si la destination n’était pas trop floue, le sentier trop escarpé, notre compagnie pas suffisamment plaisante, si le sac à dos contenait le bon matériel, et finalement sil ne vaudrait pas mieux faire demi-tour ou bien une grande pause ...

L’impasse :
Fred&Claire : A la fin de cette première excursion, je me retrouve seule dans une clairière entourée de murailles.
Fred : La réalité du chemin n’a pas été à la hauteur de mes envies, pas à la hauteur des possibles que j’imaginais ...
Claire : Je me demande comment construire un pont entre le monde économique et associatif, une activité professionnelle et ma quête de transition.

Une voie de sortie : la transition intérieure
En se retrouvant, elles réalisent qu’elles ont toutes 2 choisi la même voie de sortie d’impasse, en participant à des ateliers d’écologie profonde et de Travail qui Relie : un espace où les randonneurs peuvent échanger et s’exprimer dans leur entièreté, leurs valeurs et leurs désirs, mais aussi leurs peurs, leur tristesse, leur colère, leur sentiment d’impuissance ...

Comment continuer ?

Si on prenait d’abord un peu de hauteur pour réfléchir à tout ça ?
Bienvenue sur le satellite DSCOVR à 1,6 million de kilomètre de la terre pour regarder notre vaisseau terre (Gaïa) tourner dans le vide sidéral de l’univers avec « Blueturn » : http://blueturn.earth/
Détendez-vous, admirez.
Faites-le vraiment avant de continuer votre lecture

Vue d’ici Gaïa est petite, belle et fragile.
Avec le vide autour, s’éveillent les sentiments de beauté et d’humilité, et la compréhension plus subtile de sa place dans l’aventure.

A l’échelon mondial qu’on aperçoit, on sait que la civilisation thermo-industrielle d’Homo Sapiens a embarqué son vaisseau terre vers la 6ième extinction de masse des espèces.
A cette échelle-là que peut-on faire ?
Certains parlent de changer de civilisation avec une charte de descente énergétique et de résilience collective, de coordonner et d’organiser collectivement la construction de nouveaux récits inspirants . D’autres dénoncent le greenwashing de la transition énergétique et du techno-scientisme, et proposent de rejoindre la résistance.

En descendant on découvre le Grand Briançonnais avec des collectifs de citoyens engagés dans des villes en transition : Guillestre, l’Argentière et Briançon, des "transiteurs" individuels qui pratiquent les éco-gestes ...

En descendant encore, on retrouve nos 2 randonneuses-chercheuses qui réfléchissent ensemble vers quoi elles vont repartir, et qui, après de passionnants échanges comprennent que leurs chemins se rejoignent sur l’idée de continuer à explorer un pont entre les cheminements individuels et collectifs.

Voyages en Transition, saison 2

Fred : J’ai besoin d’avancer sur mon chemin de transition personnelle pour retrouver du sens à mon engagement. J’ai aussi très envie de découvrir de nouveaux espaces. Je viens de lire qu’un pont était en cours de construction entre la spiritualité et la physique quantique pour aller vers le Pic de l’Esprit. C’est passionnant ! Il s’agit entre autres de remettre l’intuition et la conscience à leurs places légitimes, à savoir au-dessus du mental et de la matière. Tout un reconditionnement à faire et je suis déjà en train d’étalonner mon nouveau GPS, le JFI pour Joie, Foi et Intuition. C’est un peu la suite du sentier de la reconnexion à soi et à la nature, la voie de l’équilibre, du questionnement de la notion d’abondance et de notre rapport à l’argent ... Peut-être que je retenterai ensuite l’ascension du pic du faire ensemble par une autre face, et surtout avec un sac à dos plus léger.
Et toi ?

Claire : Plus de légèreté en effet et le plaisir d’écrire un récit collectif inspirant. Imagine : une clairière, au centre un arbre. Il est alimenté par un réseau d’intentions écrites par les habitants du pays qui ont créé leur wood-wide-web comme celui évoqué dans le livre de Peter Wohlleben, la vie secrète des arbres. Ce réseau se questionne sur son empreinte de pas sur Gaïa, son empreinte carbone pour changer de logiciel = pas la croissance infinie mais la bionomie, pour l’art de bien gérer la vie, et sur son empreinte de pouce pour changer l’usage qu’il fait des techniques du numérique, pour consacrer plus de temps à la création de sa nouvelle carte mère avec comme balises l’humilité, la responsabilité, la biocapacité et la résilience. Ce nouveau réseau pourrait alimenter le récit de l’arbre climax(*).

Crois-tu qu’on pourrait construire un pont entre nos 2 voies et le territoire du Grand Briançonnais qui nous permettrait aussi de cheminer ensemble pour continuer à faire prendre la mayonnaise ?

Fred : On pourrait peut-être essayer de faire converger, sur un nouveau chemin, la voie de la créativité des ateliers d’écriture, avec celle de l’Intuition et des outils de développement de l’intuition ?

Claire : Regarde il y a une graine de l’arbre climax plantée dans le pays du Grand Briançonnais à lire dans la rubrique "bonne nouvelles".

Fred : Elle a besoin d’un terrain fertile pour bien pousser, et de cette énergie qui serait commune aux arbres, aux humains et à notre planète.Tout ceci me donne quelques idées de contributions pour la saison 2 ...
claire : la saison 2 de quoi ? de la transition ou la saison 1 de l’osmose ?(**)

(*) climax : point culminant (dans une progression), ou état optimal d’équilibre écologique
(**) synonymes de osmose : association, combinaison, interpénétration, synergie